LA GRANDE GUERRE 14-18

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La fin du 19ème siècle a vu s’intensifier les rivalités entre états européens, alimentées par la fierté nationale et dictées par les intérêts économiques et territoriaux. Le début du 20ème siècle fut marqué par deux grandes alliances. La triple entente qui réunissait la France, la Russie et l’Angleterre et la triple alliance qui comptait l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie qui rejoindra le camp des alliés en 1915. Compte tenu de ces alliances, un malaise planait sur l’Europe et il suffisait d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Ce fut l’assassinat, le 28 juin 1914 de l’archiduc François-Ferdinand héritier de l’empire austro-hongrois qui déclencha les hostilités. Par le jeu de ces alliances, c’est toute l’Europe qui s’enflamme… Le 3 août 1914 l’Allemagne déclare la guerre à la France et le 4 août, elle franchit notre frontière violant ainsi notre neutralité. Pour la Belgique quatre années de souffrance commençaient… La grande guerre ce fut chez nous la bataille des frontières empreinte d’une telle violence que les populations et les paysages de nombreuses communes en restent marqués. Au cours de l’été caniculaire de 1914, des milliers de soldats français et allemands s’affrontent du 20 au 23 août dans notre province où s’y déroulent dix batailles sanglantes. Dès le tout début du mois d’août, des divisions françaises et allemandes passent en reconnaissance dans notre région. Durant deux semaines, des escarmouches éclatent de tous côtés. Croyant voir des francs-tireurs partout, les troupes allemandes incendient des villages et tuent beaucoup de civils. En semant la terreur au sein de la population, ils rencontraient moins de résistance et ainsi ils gagnaient du terrain.

La cloche sonne la nuit du 31 juillet pour avertir la population. Tous les miliciens sont rappelés et partent au matin du 1er août rejoindre leur unité.

  • Lundi 3 août : l’anxiété grandit, les allemands ont franchi la frontière grand- Ducale.
  • Mardi 4 août : ils sont chez nous.
  • Mercredi 5 août : 400 dragons français se dirigent vers Bastogne, on les acclame.
  • Dragon : soldat d’un corps militaire de cavalerie créé du 16ème siècle pour combattre à pied ou à cheval.
  • La nuit du 6 août : des patrouilleurs de Rosières arrêtent un individu suspect parlant français avec un accent allemand. Malheureusement, cet espion fut relâché et l’on suppose qu’il y aurait là un lien direct avec l’incendie de Rosières les 10 et 11 août.
  • Vendredi 7 août : la 1ère armée allemande est à Martelange et s’avance vers Fauvillers, alors que les dragons français se dirigent vers Sibret.
  • Samedi 8 août : les journaux rapportent le récit des crimes de Visé, l’inquiétude de la population augmente. Les gendarmes quittent la région pour retrouver les français cantonnés à Neufchâteau.
  • Dimanche 9 août : de nombreux aéroplanes sillonnent les airs, une patrouille française est acclamée à Rosières. Des troupes allemandes se dirigent vers Neufchâteau.
  • Lundi 10 août au matin : Meurtre du greffier Hector Rosier à Sibret.

Vers 10h du matin, une dizaine du uhlans en reconnaissance à Sibret visitent le village et explorent les environs.

  • « uhlan » : soldat d’un corps de cavalerie dans les anciennes armées allemandes autrichiennes et russes.

Puis ils s’apprêtent à repartir et font boire leurs chevaux dans la cour du café Cornette à l’embranchement de la Grand-route. C’est alors qu’une vingtaine de dragons français débouchent du village, déchargent leurs armes et les poursuivent en direction de Bastogne. Un allemand et un français furent blessés. Trois jeunes gens de Sibret : Hector Rosier, Léon Boulanger et Fortunat Grease s’adaptent le brassard de la croix- rouge pour porter secours aux blessés. Ils s’avancent sur la route de Bastogne. Arrivé à 400 mètres du chemin de Villeroux à Assenois, ils rencontrent des cavaliers allemands qui leur font signe de recueillir leur blessé réfugié dans un champ d’avoine. Ils chargent celui-ci sur le brancard et se dirigent vers la maison Pinson située à l’intersection des deux routes. Hector Rosier prend les devants avec son vélo dans une main et le fusil que lui a donné le blessé dans l’autre. En face de la maison Pinson, ils sont interpellés par le chef d’un peloton de cavalerie. Alors qu’Hector Rosier se baisse pour déposer le fusil du blessé, il est tué à bout portant. Terrifiés, les brancardiers abandonnent le blessé et fuient dans les bois. Toute la journée, les cavaliers les poursuivent, heureusement sans les atteindre. De rage, ils mirent le feu à la maison Pinson et parlent d’incendier Sibret. De même, la maison Cornette est pillée et saccagée. Un voisin, monsieur Arnould est appréhendé et affligé de tels coups de crosse qu’il en garda longtemps les traces. Son fils âgé de 10 ans fut molesté à son tour. Le curé de l’endroit est enlevé et menacé. Peu de temps après, monsieur et madame De Coune d’Assenois passent en auto à côté de la maison Pinson et découvre avec horreur le corps d’Hector Rosier qui grillait… il était méconnaissable. Vers 13h30, Honoré Dumont de Sibret fut réquisitionné pour transporter le blessé allemand au couvent de Bastogne. Ce qu’il vit en passant devant la maison Pincon le glaça d’horreur. Devant lui, les soldats firent glisser le corps calciné d’Hector Rosier sur des planches, encerclent le corps, font des signes de croix avec leur pelle sur la victime en dansant et criant : « Hourrah ! Gloria ! ». Ensuite, ils chargèrent les restes sur une brouette et les enterrèrent à 20 mètres.

  • Lundi 10 août : en soirée, durant la nuit et la matinée du 11 août : évènement tragique à Rosières où logeaient 3 à 4000 soldats allemands. (voir Guy Leyder).
  • Mardi 11 août : les troupes allemandes partent de Rosières vers Saint-Hubert.
  • Mercredi 12 août : journée calme.
  • Jeudi 13 août : évènement tragique à Cobreville.

Vers quinze heures arrive à Nives, une patrouille française de 24 hommes. Leurs regards sont attirés vers Cobreville. Une patrouille allemande débouche du chemin de Remoiville et arrive au carrefour de la route de Martelange. Les français se mettent alors en position et tirent une salve vers les hauteurs de Cobreville. Deux soldats allemands se détachent du groupe et descendent vers le bas du village tandis que la troupe recule sur la route de Remoiville, s’arrête à 100 mètres au-delà de la 1ère maison et fait volte-face. « Francs-tireurs » s’écrie le chef affolé. Ils tirent aussitôt une fusée incendiaire sur la maison Cornette qui s’enflamme. Jean – Baptiste Cornette qui fauchait un champ de seigle 600 mètres plus loin, accourt avec son fils aîné Théophile pour sauver des flammes la mère et les 4 enfants qu’ils croient être encore là alors que la famille s’est enfuie par l’arrière de la maison. Les allemands tirent, le père tombe foudroyé en pleine poitrine, peut se traîner un peu plus loin où il va mourir à une dizaine de mètres au-delà du chemin de la tannerie. Son fils a la jambe traversée d’une balle, il fait le mort et se traine jusqu’à la tannerie tandis que la fille ainée qui les suivait entraîne ses deux petits frère et sœur vers les bois pour échapper à la fusillade. Entretemps, les allemands reviennent devant la maison Cornette qu’ils criblent de balles, tirent vers la maison Colson et blessent un autre fils Cornette. Tous les habitants fuient vers le bas du village sous un déluge de feu. Les allemands incendient successivement sept autres maisons voisines puis se dirigent aussi vers le bas du village. Deux fantassins allemands blessés étaient soignés depuis quelques jours à la ferme Baudoin. L’un d’eux fut reconnu par un soldat de la patrouille. Grâce à la dame Ongena d’origine Grand-ducale, les allemands comprennent enfin que les corps de feu venaient de Nives et les incendies cessèrent. 14 maisons sont épargnées. Mais 200 mètres plus loin, ils se retrouvent devant un pâté de 4 maisons qu’ils incendient de même que la boulangerie et cela sans raisons, les dragons français venaient de quitter Nives sans se soucier des représailles provoquées par leur escarmouche. Le boulanger Lucien Bouvy est menacé de mort, pris comme otage et sera libéré à Rosières. Le 13 août jour de l’incendie de Cobreville, la panique s’empare de tous les villages des environs. A Remoiville et Remichampagne, les habitants se sauvent dans les bois avec linge et nourriture. C’est la déroute totale, les animaux sont mis en liberté et les villages se vident. Le soir même, Bercheux acceuillent des gens affolés de Nives, Rosières, Vaux qui sanglotaient et criaient : « ils ont encore brûlé Cobreville, ils brûleront tout le pays.» Durant ces pénibles journées, l’effroi régnait dans la contrée. Partout où elles passaient, les troupes allemandes semaient la terreur. Sous n’importe quel prétexte vrai ou inventé, ou même par plaisir, elles tuaient, molestaient, frappaient, humiliaient, pillaient, saccageaient, brûlaient, terrorisaient les civils pour empêcher la moindre résistance. Beaucoup d’habitants abandonnèrent leur village en ruines pour se réfugier dans les bois. Et ce n’était pas terminé ! Durant les 4 longues années d’occupation, nos grands et arrières grands-parents ont connu la famine, le froid, les maladies dont la grippe espagnole qui fit des milliers de morts, les nombreuses privations de toutes sortes. Et n’oublions pas les nombreux déportés civils qui sont morts de faim et d’épuisement dans les camps allemands.

Auteur des textes : Madame Yvette Cornette

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