VILLAGE D’ASSENOIS

assenois-chateau

Assenois = tenure des hêtres.

Les langages évoluent aux cours des âges. Les mots gagnent ou perdent des lettres, se raccourcissent ou s’allongent, s’affectent de consonances étrangères apportées par des voyageurs ou des envahisseurs. Les patronymes suivent cette évolution naturelle, et Assenois ne faillit pas à la règle. En creusant le temps jusqu’aux racines du village, toutes les pistes se dirigent vers l’arbre-roi de nos forêts d’origine : le hêtre.Hêtre-assenois

Sans conteste, Assenois n’est rien moins que le village le plus ardennais de Vaux-sur-Sûre ! Son identité le relie aux origines sylvestres les plus typiques de notre haut plateau de Haute-Sûre. Pour étayer cette affirmation, une recherche dans le passé s’impose. Un très vieux texte réglant le patronat de l’église de Villers-la-Bonne-Eau, daté de 1243, renseigne la localité de «Hastenoit», rattachée à l’antique paroisse de Mande-Sainte-Marie. «Hasse», du germanique «hestre» (hêtre), et «tenoit» pour «tenure».

Qu’est-ce qu’une ‘tenure’ ? Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, notre territoire était divisé en très vastes domaines, 3-4000 ha, soit la taille d’une de nos communes avant fusion. Les maîtres de ces domaines se réservaient les meilleurs terres proches de leur seigneurie et morcelaient le reste en ‘tenures’, parcelles de terre et bois plus ou moins vastes exploitées par des « tenants » assujettis à leur seigneur.

Dès ses origines, Assenois fut donc dénommé «tenure des hêtres». En 1342, Hastenoit a évolué en «Astenay», puis «Estenoy» en 1480. En 1636, sont renseignés les ravages de la peste au village de «Assenoy», terme très proche de la dénomination moderne «Assenois», octroyée dès le 18° siècle.

Les habitants d’Assenois se nomment les «Assenésiens».

Cousins germains, cousins latins !

Fait remarquable, notre Assenois de Vaux-sur-Sûre possède plusieurs homonymes dans la région ; ces «Assenois» cousins se situent sur les communes de Léglise et Bertrix. Sans oublier les villages tout proches de «Isle-la-Hesse» et Nassogne, ou des lieux-dits de chez nous comme «Les Haches», «La Grosse Hesse»,…  Ces endroits possèdent la racine germanique «asse», qui désigne également le hêtre dans notre patois local !

Mais Assenois ne se contente pas de ces quelques cousins germains ! De nombreux autres cousins latins font partie de l’impressionnante famille des «villages des hêtres». Si on reprend la racine latine «fagus» de «hêtre», on retrouve dans ses dérivés le nom «fays». Les «Fays» sont légion un peu partout en Wallonie. A Vaux-sur-Sûre, un village disparu portait ce nom ; il se situait près de Remience. L’étymologie de Fauvillers, «fays-villa», fait de cette commune une cousine d’Assenois. Les antiques forêts de hêtres furent les parents d’un grand nombre de villages qui naquirent au sein de leurs clairières et prirent un patronyme rappelant leur berceau d’origine. Ainsi naquit Assenois…

Histoire : petite balade au fil des siècles.

Les irréductibles Sègnes.

En remontant aux temps historiques, on retrouve l’Ardenne peuplée par une tribu celte : les Sègnes (Segni en latin), coincés entre les peuples des Eburons et des Trévires. Leur présence est avérée dès -300 avant JC sur les hauts plateaux dela crête ardennaise et particulièrement aux sources de l’Ourthe et de la Haute-Sûre.

Les villages étaient échelonnés tous les quatre ou cinq kilomètres. Le peuple des Sègnes tirait sa subsistance de la forêt, de l’élevage pastoral et de la culture des terres défrichées. Ils avaient tout pour être heureux du côté d’Assenois, grâce à la forêt qui leur offrait protection, gîte et couvert.

S’en vint Jules César (- 57 avant JC) et ses légions romaines, soucieux de ‘pacifier’ la Gaule. Arrivé aux portes de notre forêt ardennaise, il fut bien embêté. Pourquoi se risquer dans ce pays sauvage, sombre et brumeux,couvert de halliers impénétrables, strié de vallées encaissées et peuplé de gens insaisissables ?

Habitués au climat très rude des hauts plateaux et à un environnement difficile, les Sègnes dissimulaient leurs villages dans des clairières entourées de broussailles impénétrables. Les ancêtres de nos Chasseurs Ardennais étaient de rudes guérilleros, à l’égal des autres Belges. Jules César les appelaient les ‘féroces’ dans son livre «La guerre des Gaules». Les Sègnes ardennais adoraient un dieu à tête de sanglier et avaient un caractère de cochon, c’est le moins qu’on puisse dire…

Le général romain a joué le coup en fi nesse et s’est emparé de notre coin d’Ardenne sans trop se frotter à ses habitants. Du moment qu’ils restaient
dans leurs bois, ces Ardennais ‘têtes de lard’ ne le gênaient pas trop.

Au temps des Romains.

C’est ainsi que notre région devint province romaine et nos Sègnes des gallo-romains, civilisés au fil des décennies par la Pax Romana et ses bienfaits. Ainsi furent fondées les villas «Nervia» de Nives et «Hermès» de Remoiville. A ces centres économiques étaient rattachées des entités plus modestes, disséminées dans la campagne : Cobreville, Sibret, Hompré, Chaumont, …

Le modeste «village des hêtres» d’Assenois dépendait sans doute de l’une d’entre elles. Le vestige le plus remarquable de cette époque est sans conteste le tronçon de chaussée romaine qui longe le village. Sorte de Nationale 4 antique, cette voie reliait Arlon à Mande-Saint-Etienne; elle faisait partie du réseau de chaussées qui quadrillait nos régions, dont les axes principaux étaient Reims-Cologne et Trèves- Bavay.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, c’est bien connu. Durant la période romaine, la petite localité d’Assenois abrita de nombreuses et paisibles générations de paysans aux occupations fort semblables à celles de leurs ancêtres Sègnes ; ils étaient bergers, cultivateurs, bûcherons, artisans du bois.

Les siècles s’écoulèrent paisiblement pour Assenois. Au 9° siècle, Charlemagne se constitua un vaste empire et entreprit de remettre de l’ordre dans le christianisme des campagnes. Chapelles, églises médianes et églises mères furent établies et achevèrent d’authentifi er l’identité des villages. Le Saint Patron de l’église d’Assenois n’est autre que Saint Martin, ce qui attesterait de sa grande ancienneté, car ce Saint Martin de Tours était vénéré dès l’époque gallo-romaine. Nombre de ses chapelles furent créées le long des voies romaines, comme ce fut peut-être le cas pour Assenois.

Le Moyen-Age à Assenois.

En 476 commence le Moyen-Age. Dans nos régions, il n’y eut pas de rupture brutale entre la civilisation romaine et la civilisation mérovingienne. En ce qui concerne Assenois, la «tenure des hêtres», rien ne changea vraiment. Ses habitants vaquaient aux mêmes besognes ancestrales. Elle dépendait d’un grand domaine, sans doute une ancienne villa romaine.

Jusque l’an 1000, l’Ardenne subit peu les soubresauts de l’histoire. La pauvreté du sol et la rudesse de son climat la protégeaient contre les appétits des puissants. Elle vivait à l’écart des grands conflits et ses habitants avaient gardé le caractère indépendant et débrouillard de leurs ancêtres Sègnes. La clairière d’Assenois s’agrandit, au point de rejoindre d’autres clairières, d’autres villages. Partout en Ardenne, la forêt reculait, remplacée par la lande qui entourait en cercles concentriques les localités, elles-mêmes ceinturées d’un damier de parcelles cultivées.

Hélas, au fil des décennies, la grande forêt protectrice, exploitée pour le charbon et les besoins domestiques,défrichée pour nourrir la population grandissante, s’effilochait en bandes de plus en plus ténues, exposant les Ardennais aux vents mauvais du deuxième millénaire.

La fin des beaux jours.

A la mort de Charlemagne en 814, son empire fut dépecé entre ses fi ls. Au cours des siècles qui suivirent, notre région fi t partie tour à tour de la Lotharingie, du St Empire Germanique, des Pays-Bas espagnols, de l’Autriche, etc, toujours plus ou moins à cheval entre deux grandes puissances. En ces temps-là, le passe-temps favori des nobles n’était autre que la guerre fraîche et joyeuse. Relater ici les innombrables péripéties des conflits serait fastidieux.

Sachez cependant que les récits épiques et les comptes-rendus historiques donnent une pâle description des souffrances endurées par les villageois ardennais en ces temps misérables. La Guerre de Trente Ans (1618-1948) fut particulièrement meurtrière chez nous, car nos villages servaient de base arrière à la soldatesque. A cette époque, notre petit coin d’Ardenne ressemblait fort au Darfour actuel…

Guerres, famines, épidémies, mortalité ! Du 13ème au 18ème siècle, les quatre cavaliers de l’Apocalypse ravagèrent de long en large nos contrées. Assenois fut détruit plus souvent qu’à son tour, pour renaître à chaque fois de ses cendres. La proximité de Bastogne, place forte assiégée à maintes reprises, ne lui apporta que razzias et vengeances des ennemis.

Géographie : tous les chemins mènent à Assenois.

Un autre atout majeur attire de nouveaux résidents : le voisinage de grandes voies de communication ! Lorsqu’on observe la géographie d’Assenois, on constate très vite que le village se situe au centre d’un polygone dessiné par d’importantes artères routières.

En 2008, Assenois est davantage un «village des routes» qu’un «village des hêtres». Si on examine la création des chemins par ordre chronologique, on peut citer tout d’abord la chaussée romaine, dont l’importance n’est plus à démontrer. Ensuite, dès le haut Moyen-Age, on retrouve l’ancienne route Neufchâteau – Bastogne qui passait par Bercheux, Rosières, Cobreville, Remichampagne, Clochimont et Assenois. Il s’agit là de la Voie de la Liberté, mondialement célèbre, celle-là même qu’empruntèrent les chars de Patton pour libérer Bastogne lors de l’Offensive des Ardennes !

Autre voie de communication très ancienne : Fauvillers – Sibret. Plus près de nous, la grand-route Neufchâteau – Bastogne fut construite au 19° siècle.En 1904 entra en fonction la voie vicinale qui reliait Arlon à Bastogne. Aujourd’hui désaffectée, elle fera bientôt partie du réseau RAVEL.

Citons également la Nationale 4, et surtout l’autoroute E25 et son échangeur de Villeroux, tout proche d’Assenois. On comprend dès lors le vif intérêt que suscite le village en terme de mobilité et d’accès aux grandes artères de communication !

Les Seigneurs d’Assenois.

Durant les époques troublées, les fortunes se créent et disparaissent très vite, le constat est universel. Les opportunistes savent tirer parti des situations difficiles pour amasser de grands biens. Les Seigneurs d’Assenois faisaient partie de cette race d’hommes. Leur histoire serait digne d’une saga romanesque.

Lambertus, «miles» (chevalier) de Hastenoit est mentionné dans le texte de 1243. En 1315, la Seigneurie d’Astenay fait partie de la mairie de Chaumont, qui dépend de la prévôté de Bastogne et regroupe l’équivalent de la commune de Vaux-sur-Sûre sauf Morhet, Remience, Chenogne et Mande-Sainte-Marie.

Le lignage des Goosse de Chaumont Estenoy est repéré dès 1470. Il s’agit d’une famille de «francs hommes» très influente, et qui excelle à accumuler les possessions par le biais de mariages, de successions et par l’occupation de postes administratifs lucratifs : cures, prévôté, justice, commerce, fonctions militaires et politiques.

De 1588 à 1628, Jean de Baclain, dit Jean Goffa, époux de Marie de Chaumont Assenoy, rassemble les propriétés des anciennes tenures de Chaumont et Assenois. Capitaine d’arquebusiers, c’est surtout un homme d’affaire implacable. Ainsi, lorsqu’Assenois est brûlé de fond en comble en 1602 par les Hollandais, Jean Goffa rachète le feu aux pillards, pour qu’ils épargnent sa seule maison. Par la suite, il spécule sur la famine durant la Guerre de Trente Ans pour vendre des grains hors de prix et racheter pour une «bouchée de pain» les terres des familles ruinées.

En 1936, survient une terrible peste. Dans certains villages, la mortalité atteint 90 % ! L’épidémie fauche pauvres et riches; Jean Goffa et les Goosse d’Assenois n’y échappent point, hormis Catherine Goosse d’Assenois, qui devient l’unique héritière d’un immense domaine. Jean Dutrux, lieutenant-prévôt de Bastogne, épouse la riche orpheline et entreprend d’amasser encore davantage de terres et de richesses. Le couple «fait des affaires», maquignonne du bétail, spécule sur les céréales, stocke en année d’abondance et revend en période de disette. Par achat de fonction, Assenoisdevient Seigneurie de Haute Justice, où certains abus sont permis.

Cependant, leurs descendants, les Dutrux d’Assenois, dilapident leur héritage en quelques générations, malgré des mariages arrangés entre cousins d’autres familles seigneuriales comme les Carcano de Sibret.

En 1760, la famille Dutrux vend au comte de Berlo le château d’Assenois, dépendances, terres et droits seigneuriaux. A la mort de celui-ci, en 1799, le domaine passe aux comtes de Lannoy. Il advient ensuite au baron Arnould de Tornaco, qui décède à Assenois le 11 janvier 1885.

Toutes ces familles se ruinent peu à peu au cours d’interminables procès de succession. Elles mènent grand train de vie et mangent leur héritage, parasitées à leur tour par des spéculateurs et des usuriers. Quelques vestiges témoignent de leur puissance éphémère; épitaphes en l’église, monuments funéraires, pierres tombales.

De la mairie de Chaumont à Vaux-sur-Sûre.

Jusque 1815, Assenois fi t partie de la mairie de Chaumont. Ensuite, il fut rattachéà la commune de Hompré, puis rentra dans la grande entité de Vaux-sur-Sûre, lors de la fusion de 1976.

Aujourd’hui, le village compte 224 habitants répartis en 59 foyers. Elle a fortement progressé depuis 1981 (130 unités). Notez qu’en 1908, on dénombrait déjà 218 Assenésiens, contre 182 en 1846, 94 en 1821, 116 en 1786 et 85 en 1766. Si l’on remonte plus loin dans le temps, on apprend que le nombre de foyers était de 9 en 1469, 3 en 1495, 9 en 1541, 12 en 1629, 3 en 1656 (forte mortalité liée à la peste de 1636 et à la Guerre de Trente Ans), 11 en 1698…

La courbe de démographie illustre bien le développement du village, ainsi que les vicissitudes du passé. Ces 20 dernières années, Assenois s’est agrandi de manière spectaculaire, en raison de la proximité du pôle d’emplois qu’est devenu le Grand-Duché de Luxembourg.

 

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