VAUX – LES – ROSIERES

            Notre Sûre: celte puis romanisée

            Vaux-lez-Rosières est né d’une rivière: la Sûre. En langage celtique,  »sür » désigne une eau courante et limpide; mâtinée en bas latin  »sursus » puis en ancien français  »sorse »,  »sür » s’apparente avec  »source ».

            L’origine celtique de son étymologie n’a rien d’étonnant, car les Celtes laissèrent de nombreux vestiges sur le territoire de Vaux. À Baragihet, non loin des sources de la Sûre, fut découverte et fouillée une tombelle de l’âge de la Tène (475 avant JC). Celle-ci contenait les restes d’un char et divers ornements: torque, fibule, pièces de ferronnerie. Les tombelles richement aménagées sont typiques de la civilisation de la Tène. Les historiens affirment que la région de la Haute-Sûre et des sources des deux Ourthes fut  »colonisée » par des Celtes originaires de la Champagne, lesquels ont laissé ces sépultures datées du V° siècle avant JC. Étaient-ce des familles venues chercher refuge dans les clairières des forêts impénétrables de la crête ardennaise? Ont-ils cohabité avec d’autres occupants, présents dès le néolithique et très bien adaptés à notre rude climat? L’habitat de ces premiers Ardennais était très disséminé, dans des villages distants de 4 à 5 km et dissimulés par des barrières d’arbustes épineux. Nos ancêtres étaient bergers, petits agriculteurs, chasseurs et cueilleurs.

            Jules César, arrivé à la tête de ses légions romaines vers -57 pour conquérir la Gaule,  appelait ces tribus les  »Segni » ou Sègnes, les  »Terribles » (source:  »La guerre des Gaules »). Le petit peuple des Sègnes était coincé entre les nations des Condruzes, des Trévires et des Germains. C’étaient de rudes guérilleros, intraitables dans leurs forêts épaisses. César évita une confrontation peu fructueuse et se contenta de rester en lisière de leur territoire. Notre contrée fut romanisée progressivement et les Sègnes s’en accommodèrent en quelques générations. Dès le II° siècle après JC, les Gallo-Romains établirent à travers la forêt ardennaise un excellent réseau de chaussées, afin de relier les points stratégiques: frontières, forteresses, garnisons. Non loin de ces voies de communication s’installèrent des villas, immenses domaines aux nombreuses dépendances. Dans son livre  »Histoire de Vaux-sur-Sûre », l’abbé Théophile Doucet affirme l’existence de vestiges gallo-romains au pied de l’adret du Tombois, versant de la colline bien exposé au soleil. Sur ses pentes abruptes, au hasard des travaux agricoles ou des terrassements, furent mises à jour des dalles en schiste rectangulaires, lesquelles recouvraient les cendres ou le corps des défunts. Semblables larges pierres plates gallo-romaines furent découvertes à Belle-Eau (source: Musée des Celtes à Libramont).

De Vaux-  »lez-Rosières » à Vaux-  »sur-Sûre »

Le 14 mai 1906, Vaux-lez-Rosières acquit le statut de commune, lorsqu’il fut enfin séparé de la commune de Nives. Vaux comptait alors 507 habitants et 795 hectares! Cette fois, l’autonomie était totale, à l’église comme à la maison communale. Les Rawiyès avaient mené jusqu’au bout leur longue lutte et tenaient leur destin entre leurs mains!

La guerre de 1914-18 apporta son cortège de malheurs et de privations. Les villages frères de Rosières subirent les foudres de l’envahisseur allemand lorsqu’un officier fut tué accidentellement lors de la nuit du 10 au 11 août 1914. Six civils furent exécutés et 23 maisons incendiées. Le village de Vaux-lez-Rosières, nanti d’un nom à la consonance très proche, fut lui aussi menacé de destruction, mais la Vierge fut invoquée et protégea les habitants. L’abbé Jacques fit bâtir dès 1916 une grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes, en remerciement de ses bienfaits. Vers 1928-1930, un Chemin de Croix en statues de bronze fut établi sur une aire jouxtant la Grotte.

Malheureusement, l’église construite en 1842 montrait déjà d’évidents signes de faiblesses: humidité des murs, fissures dans les murs, voûte menaçant ruine. D’onéreux travaux de réparation furent réalisés jusqu’en 1936, puis la construction d’un nouveau bâtiment fut décidé. L’église actuelle, en forme de croix grecque, fut installée sur le cimetière, et on déplaça le lieu de repos des défunts dans un terrain situé derrière la Grotte et son Chemin de Croix.

La construction fut réalisée en 1938-39 par la firme Gatelier et coûta environ 550.000 francs belges de l’époque. Vaux-lez-Rosières paya tout sur fond propre, grâce à la vente de coupes extraordinaires d’épicéas. L’or vert des Ardennes démontrait toute sa valeur!

            La guerre de 1940-45 vint à son tour assombrir la vie des Rawiyès, mais la vente de produits agricoles permit aux fermiers de doter leur nouvelle église de statues et autres ornements. Les années 1950 virent Vaux-lez-Rosières prendre un nouvel essor, avec l’installation d’une scierie, d’un abattoir, de divers commerces et de nombreux autres petits métiers attachés à l’activité agricole. Les  »Rawiyès » entraient sans hésiter dans la modernité, bien avant les communes voisines, moins richement dotées, ou peut-être moins bien inspirées.

            1971! Retenez bien cette date! Cette année-là, Vaux-lez-Rosières, Nives et Morhet fusionnèrent, afin de former une entité pilote où serait évaluée la pertinence d’un regroupement des communes. Vaux était très réticent, vu son passé de village déchiré, et peu enclin à partager ses revenus forestiers avec des communes voisines. D’emblée, il proposa d’accueillir sur son territoire le centre administratif de l’entité fusionnée, dans son centre vital, non loin de son église et le long de la Grand’ Route RN 85. Ce privilège lui fut accordé sans trop de discussion, vu l’excellent positionnement le long d’une artère de communication.

            Puis il fallut trouver un nouveau patronyme, susceptible de faire l’unanimité et de ménager toutes les susceptibilités. Ainsi naquit  »Vaux-sur-Sûre », car il mettait en avant notre rivière emblématique, la Sûre. Hélas, mille fois hélas! Ce fut une victoire à la Pyrrhus pour le nom de  »Vaux-lez-Rosières », puisqu’il dut s’effacer au profit de  »Vaux-sur-Sûre ». Qui d’entre vous se souviendra de l’ancien nom lorsque les anciennes générations de  »Rawiyès » auront disparu?

              1977! Nouvelle fusion communale! Cette fois, le tout jeune Vaux-sur-Sûre, doté d’une moderne et vaste maison communale, unit sa destinée avec les communes de Juseret, Sibret et Hompré. En toute logique, vu les investissements et l’expérience de la première fusion, le centre administratif de la grande entité fut maintenu à Vaux-(lez-Rosières) sur-Sûre, et surtout, notre belle et vaste commune garda le nom définitif de Vaux-sur-Sûre!

            Dans les années 1980, le conseil communal adopta comme blason l’écusson des Seigneurs de Cobreville. Ironie du destin! Jean de Cobreville, guerrier et accapareur sans scrupule, avait en 1592 unit par la violence et l’intimidation les deux rives de Vaux-lez-Rosières, village écartelé et sans identité. Puis celui-ci, par la seule force de sa détermination, s’était bâti une église, était devenu paroisse, puis commune, puis centre administratif d’une vaste entité.

            Dernier des villages aux sources de la Sûre, Vaux-lez-Rosières et ses Rawiyès ont enduré les pires souffrances et gravi jusqu’au sommet tous les échelons de la reconnaissance, d’une rive à l’autre sous la bannière d’un moine-soldat.

            Mais depuis 1971, tristement Vaux susurre: « On m’a volé Rosières, ce qui me vaut  »sur-Sûre! J’ai perdu mon vieux nom mais gagné mon renom: le nom d’une commune… »

Heurs et bonheurs d’un jeune village

            À une époque où l’agriculture pastorale restait quasi l’unique activité nourricière, Vaux-lez-Rosières devait sa prospérité à ses prés en bord de Sûre, à ses vastes terres de communautés et à ses quartiers en Bois de Waffe. Mais au lendemain de la révolution belge de 1830, le Luxembourg perdit le Grand-Duché germanophone et se trouva enfermé dans un espace économique dépourvu de débouchés.

            Comme toutes les localités voisines, Vaux s’appauvrit. Sa chapelle menaça bientôt ruine, ainsi que son presbytère vétuste. Le diocèse, situé à Namur depuis 1823, menaça en 1839 de supprimer la paroisse, et les Rawiyès retroussèrent aussitôt leurs manches. Une nouvelle église, plus spacieuse, fut construite en 1842 à l’emplacement actuel du parking situé derrière la boulangerie. Elle fut bâtie sur fonds propres, grâce à la vente de bois, et tous les paroissiens participèrent aux travaux. La nouvelle église fut uniquement consacrée à Saint Bernard et l’humble statuette de Notre-Dame de Foy rejoignit une chapelle construite par l’abbé Octave. Elle est aujourd’hui conservée par la famille Remience-Notet, qui hérita de cette chapelle aujourd’hui disparue.

            En 1843-44, outre l’érection de cette nouvelle église, intervint la construction de l’actuelle grand-route Neufchâteau-Bastogne. Cet évènement était de la plus haute importance pour l’avenir de notre commune, et les Rawiyès purent aussitôt tirer parti de cette importante voie de communication, laquelle désenclavait nos villages. Plus tard, en 1869, la voie ferrée entre Bastogne et Libramont ouvrit un peu plus notre région à l’économie et aux voyages.

            Mais avant cela, en 1848, fut décrétée la Loi des Bruyères, laquelle imposait la mise en vente des terres de communauté à des particuliers, afin de défricher les landes et de valoriser au mieux les terres incultes. Ainsi en avaient décidé les agronomes en cols blancs des bureaux de l’État Belge. Les communes de Haute-Sûre adoptèrent divers comportements. La plupart d’entre elles, très pauvres, décidèrent d’obtempérer afin de bénéficier de rentrées d’argent frais. Mais Rosières et Vaux refusèrent farouchement toute cession de leurs terres. Vaux-lez-Rosières surtout disposait de grandes superficies, et son passé récent de  »rawiyès » l’incitait à garder tout son potentiel foncier.

            Les gens de Vaux et de Rosières mirent en place diverses stratégies pour contourner la loi: vente en payements différés aux habitants, intimidation physique des acheteurs potentiels, achats sur fonds propres par la communauté, … Dans ses terres incultes aux sources de la Sûre, ainsi qu’au Bois de Waffe, Vaux-lez-Rosières entama très tôt une politique de boisement audacieuse, lorsque de vastes surfaces furent plantées en épicéas, un conifère originaire de Scandinavie et nouveau dans la région. Inutile de préciser que cet arbre s’adapta très bien en Ardenne, et donna pour l’avenir plus d’une longueur d’avance au village des finauds Rawiyès.

Translate »
X